Délégationdes Pays de l’Adour

Ce sont les larmes de ma mère qui m’ont ouvert les yeux

Rayonnants ! Oui, ils sont rayonnants ! Avec leur petite Aïhana dans les bras, Edwige et Kévin semblent rayonner de bonheur. Pourtant, la vie n’a pas toujours souri à ce jeune couple. Et si l’on nous disait qu’il y a un an ils vivaient à la rue, on aurait du mal à le croire… C’est pourtant la vérité. C’est la vérité de leur parcours qu’ils ne craignent pas de partager.

Ce sont les larmes de ma mère qui m'ont ouvert les yeux

Tout a commencé aux 18 ans de Kévin. « Le jour de mon anniversaire, mes parents m’ont donné ma valise et m’ont mis à la porte. De toute façon, ça ne pouvait plus durer. On était toujours en train de se prendre la tête. » Cet aîné d’une fratrie de cinq se retrouve alors à la rue. « Au début, j’étais vraiment heureux de trouver la liberté ! Je faisais ce que je voulais, quand je voulais, sans aucun compte à rendre à personne. » Mais plus les semaines passent, plus le jeune homme sent que de libre, la vie à la rue commence à se faire angoissante : sans sécurité pour savoir ce que l’on va manger ou comment se protéger du froid, les journées sont de plus en plus occupées par la question de savoir de quoi sera fait… l’aujourd’hui. Petit à petit, le jeune homme compte le nombre de semaines puis de mois qui l’éloignent du confort familial qu’il a quitté. « Ça va très vite, confie-t-il. Plus le temps passe, moins tu fais attention à ton style, ton look. Tu deviens de plus en plus sale mais tu t’en fiches. Sauf que pour les gens, tu deviens de moins en moins fréquentable. » Justement, parlant fréquentations, Kévin raconte qu’il faut être attentif aux rencontres « bizarres. » Bizarres ? « Oui, ces personnes qui défendent la situation d’être à la rue mais qui sont les premières à demander n’importe quoi à n’importe qui. Il y a ceux qui se piquent aussi. Je me suis demandé comment on peut arriver à se faire du mal jusque-là. »

Kévin revient sans gêne sur la période où lui aussi a progressivement sombré dans la drogue. Depuis l’âge de 16 ans et demi, voulant fuir les tensions familiales, Kévin faisait régulièrement des escapades, direction boîtes de nuit en Espagne, avec « de grosses perches », comme il dit pour parler de ses premières grosses expériences avec les stupéfiants. La rue a offert à Kévin comme un supermarché de la drogue. « J’ai vraiment fait de grosses conneries à cette période-là. Jusqu’à un week-end de “teuf” en Espagne où j’ai fait un gros “bad trip”. J’ai terminé assis par terre au milieu d’un parking, à me balancer [sans cesse], j’ai eu la chance qu’une dame me propose de l’aide et me mette dans un train, direction Dax. Dans le train, j’étais mal. J’ai appelé ma mère qui est venue me chercher à la gare. Quand je suis monté dans la voiture, elle m’a regardé et je l’ai vue pleurer. Alors, j’ai baissé mon pare-soleil et là, j’ai vu une tête qui ne ressemblait à rien, des yeux gorgés de sang, des joues creuses… Je me suis fait pitié et je me suis dit que je ne pouvais pas continuer comme ça. Ce sont les larmes de ma mère qui m’ont ouvert les yeux. Ma mère a accepté de m’héberger quelques jours. Je lui ai demandé conseil et elle m’a envoyé chez mon grand-père dans le Nord de la France. Là, petit à petit, tout seul, je me suis sevré. » Voulant éprouver le mal que fait la consommation de drogue dure et son sevrage, Kévin décide d’engager cette libération seul. Des jours difficiles pour aller vers plus de liberté, cette liberté si choyée par le jeune homme.

Il y a un an justement, en novembre 2015, se vit la rencontre de Kévin avec Edwige. Edwige, alors âgée de 21 ans, rencontre celui qui deviendra son compagnon, alors qu’elle vit en couple avec un conjoint maltraitant. Elle aussi, assoiffée de liberté, trouve en Kévin et son mode de vie, la vie qui l’appelle. Elle quitte alors les griffes de cette survie pour plonger dans le monde de la rue avec Kévin. Le jeune homme est bousculé par cette situation : « Moi, c’est pas ce que je voulais pour ma copine, de vivre à la rue. » Alors, c’est dans une voiture que le jeune couple va trouver un peu plus de chaleur durant cet hiver 2015-2016. Leurs deux chiens, amis inconditionnels, leur tiennent chaud et leur assurent la sécurité des nuits les moins tranquilles.

Et c’est encore un appel à la vie qui va venir bousculer Kévin et Edwige lorsque cette dernière apprend qu’elle est enceinte. Attendre un enfant et vivre à la rue : équation impossible. Pour Kévin, c’est le déclic. Sortir de la rue et trouver une situation plus stable. Grâce à l’état de grossesse d’Edwige, les portes jusqu’à maintenant fermées commencent à s’ouvrir. Des droits, des aides, des embryons de solutions s’envisagent avec le concours efficace du Secours Catholique et de partenaires locaux. De rencontres en confiance partagée, un projet logement s’engage et voit le jour, des aides à l’alimentation et aux vêtements sont débloquées. « Ça faisait trois ans et demi que j’étais à la rue, je n’avais droit à rien. Et là, des solutions commençaient à voir le jour. Des mains se tendaient. » En mars 2016, un appartement leur est attribué. Un nid douillet peut se préparer pour accueillir le bébé… qui arrivera en septembre. Une jolie petite fille, Aïhana, a désormais rendu le jeune couple parents et c’est la joie qui habite cette petite famille !

Aujourd’hui, Kévin est en CDI dans un McDo et souhaite continuer ce job pour épargner et se financer, d’ici à deux ans, une formation d’éducateur canin. Pour ce qui est du projet de la famille, il semblerait qu’un tour du monde en bus soit dans les tuyaux… « mais ça, c’est pour dans quelques années ! »

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