Délégationdes Pays de l’Adour

Crise sanitaire

La petite Espèrance de Charles Péguy

«  L’Espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide. », disait saint Paul aux Hébreux, dans sa lettre au chapitre 6, verset 19. En cette période toute particulière de confinement, de lutte contre un virus qui nous terrasse, laissons ces mots résonner en nous. Laissons la place en nous pour que grandisse cette Espérance que décrit si bien Charles Péguy. .

l'espèrance comme l'ancre de l'âme

publié en avril 2020

« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. Cette petite Espérance qui n’a l’air de rien du tout. Cette petite fille Espérance. Immortelle. La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi, c’est pas étonnant, j’éclate tellement dans mes créations La Charité, ça ne m’étonne pas, les pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point de charité les uns des autres.

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. L’Espérance est une petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes. Cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

La Foi va de soi, la Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bien heureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore, ce qui sera sur le chemin montant, sablonneux, malaisé, sur la route montante.

Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs, qui la tiennent pas la main, la petite Espérance s’avance. Et au milieu, entre ses deux grandes sœurs, elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité, c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne. Et qui fait marcher tout le monde. Et qui le traîne.

Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite. L’Espérance fait reconnaître que la vie a un sens, que l’être humain a du prix, que rien n’est fatal.  »

Charles Péguy (1873-1914) écrivain, poète français, mort sur le champ de bataille de l’Ourq en 1914

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