Délégationdes Pays de l’Adour

Montfort-en-Chalosse : Claudine continue le partage

« Ces textes m’ont toujours parlé et encore plus aujourd’hui… L’un est écrit et signé par l’auteur… l’autre est chanté par lui en Corse », témoigne Claudine, bénévole au Secours Catholique de Montfort. Merci Claudine de ce nouveau partage !

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Elles sont parties de rien

Elles sont parties de rien
Elles sont parties sans rien
Elles étaient la fleur humble
Ignorée
Elles n’avaient que le cœur au bord des yeux
Les mots qui manquent
Un peu de voix pour chanter
Le chant que l’on donne
Le chant des pauvres
De leurs pères
De leurs bergers
De leurs veillées
Leurs générations liées

Elles ont marché
Un pas et puis un autre
Un pied devant l’autre
Simplement

Elles n’avaient sur elles que des trésors de mémoire
De blessures
Sur leur chemin elles ont déposé des petites pierres
Des pierres pour la mémoire et l’horizon

Elles disaient aux autres
À toutes les autres
Venez venez
Un pas
Un autre
Sans tomber
Inventons le chemin
Le plus digne chemin
Du bon côté des hommes
Quelquefois au loin
On entendait leurs chansons les plus tendres
Des chansons avec des voix de femmes
Qui disent que leurs enfants sont leurs trésors
Leurs seuls trésors

En corse en basque en arménien en alsacien en catalan
Comme d’autres le disent en français en malgache en kabyle
En occitan ou en breton
Sur les rives d’un même fleuve d’égalité, de respect
De la polyphonie au rap
Du kan an diskan à la paghjella
De Max Rouquette à Aimé Césaire
D’Itxaro Borda à Jordi Pere Cerdà
De Stivell à Brassens
Des piles aux banlieues
Des banlieues aux rivages

Là elles savent que chanter sa terre
Ce n’est jamais que chanter toutes les terres du monde

Chanter sa langue
Sa culture
C’est accueillir toutes les langues
Toutes les cultures du monde
Simplement en les aimant
Elles disent que l’harmonie ce n’est pas une note
Une musique isolée
Séparée des autres

L’harmonie ce sont nos différences
Sous un même toit de dignité

Elles savent aussi que la plus belle des traditions
C’est la création

Des racines jusqu’aux récoltes
Sur le chemin des identités tolérantes
Des reconnaissances réciproques
Des appartenances fraternelles
Des cultures et des peuples solidaires

Elles sont parties de rien
Elles sont parties de rien
Elles arriveront
Elles arriveront…

Ghjuvan Francescu Bernardini

Je suis l’émigrant*

Je suis l’émigrant qui marche dans la poussière des chemins
Je suis le sous-pays, à la merci du destin où se perdent des enfants sans lendemain
Je suis prêt à me priver de tout, à suer sang et eau pour que vivent les miens

* Chant corse chanté en langue corse par l’auteur Ghjuvan Francescu Bernardini

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