Délégationdes Pays de l’Adour

Pau : de la rue Montpensier au boulevard d’Alsace-Lorraine

Regrets, souvenirs et beaucoup d’optimisme. La majorité des bénévoles sont très tristes de quitter l’ancien local du Secours Catholique de Pau, rue Montpensier. Ils éprouvent beaucoup de regrets à quitter leurs souvenirs, et ces lieux où ils ont partagé tant de moments de solidarité. Même si les points de vue sur le déménagement de ce mois de février 2017 suscitent des réactions différentes, ils sont tous d’accord pour continuer avec le même dévouement afin d’être à l’écoute des personnes qui les sollicitent.
Des acteurs de ce déménagement témoignent…

Pau : de la rue Montpensier au boulevard d'Alsace-Lorraine

Marie-Claude : « Les réveillons du 31 décembre à l’hébergement d’urgence c’était tout à fait extraordinaire ! »

Pour Marie-Claude, bénévole à l’accueil de jour du Secours Catholique de Pau depuis 2002, la chose la plus forte qu’il l’a marquée, ce sont tous les réveillons du 31 décembre passés à l’hébergement d’urgence avec les personnes de la rue. « C’était tout à fait extraordinaire ! Ce sont les moments les plus forts que nous avons vécus ici. Mais aussi le dernier jour de l’hébergement d’urgence, le 31 mars 2015 : tout le monde était là, et ce dernier soir on était très tristes parce que certains n’avaient pas de solution pour le lendemain. »

Marie-Claude garde un souvenir tout particulier relatif au tableau qui est dans l’entrée du local du Secours Catholique, rue Montpensier : « Ce tableau a été offert par une famille, qui est arrivée un soir où il pleuvait. Ils ont sonné, il devrait être 10 heures du soir. C’était un couple [sans titre de séjour] avec une petite fille qui devait avoir un an et demi. On n’avait pas le droit d’accueillir les enfants mais on ne l’a fait quand même. Et ce couple avec cette petite fille, nous les avons gardés quatre ou cinq mois. Ils étaient en situation tout à fait illégale. Lui venait de faire la prison à Hendaye, et donc personne ne s’occupait d’eux. Nous avons demandé à La Cimade de venir pour établir leurs papiers ; ils ont pu faire le récit de leur histoire avec une interprète, parce qu’ils parlaient russe. Quand ils ont reçu la réponse positive de l’OFPRA [Office français de protection des réfugiés et apatrides], c’était une grande joie et la dame nous a offert ce tableau pour nous remercier. »

Pour Marie-Claude, cet hébergement d’urgence qui a duré treize ans, au premier étage du Secours Catholique, c’était vraiment très utile pour la ville de Pau. Elle regrette beaucoup qu’il ait fermé, parce qu’il y avait un contact tout à fait direct avec les personnes de la rue.

Pour l’avenir, Marie-Claude espère que les personnes vont continuer à venir au nouveau local : « C’est un peu une inquiétude quand même ; peut-être que certaines ne veulent pas partir. » Elle ajoute : « Ici, nous somme situés à proximité du Phare, nous accompagnons les personnes du Phare et inversement. Il y avait un échange. Cet échange était très important au moment de l’hébergement d’urgence et nous avons continué à avoir d’excellents rapports avec cette association. »

Par ailleurs, Marie-Claude souhaite que l’équipe puisse continuer les mêmes actions qu’à l’ancien local, et recevoir les personnes en difficulté. « Nous allons nous retrouver dans un lieu beaucoup plus petit. Actuellement, nous avons un bureau et deux réserves pour l’alimentation, puisque nous donnons des colis alimentaires, et là-bas nous allons n’avoir qu’un seul bureau, que nous allons partager en deux de façon à avoir une partie pour les réserve alimentaires. »

Aude : « Son père l’a envoyé parce que les talibans voulaient l’enrôler de force »

Aude, bénévole au Secours Catholique depuis six ans et responsable de tout ce qui est relatif à la réception et au premier accueil des personnes, garde comme souvenirs deux événements très marquants dans l’ancien local : « Il y a quatre ans maintenant, un matin on a accueilli une famille qui arrivait d’Albanie. Ils avaient été [laissés] sur la place de Verdun par un bus de passeurs. Quelqu’un les avait envoyés à la permanence du Secours Catholique. Il y avait Monsieur, Madame et une petite fille de 9 ans. Épuisée, blême, la maman était au bord du malaise. On lui a donné du sucre à manger, on s’est occupé d’elle toute la journée pour leur trouver un hébergement, et on les a suivis. Ils ont pu obtenir leurs papiers. Aujourd’hui, ils travaillent. Ils ont une adresse, la petite travaille bien à l’école. Du coup, on ne les voit plus mais on est très contents parce que ça va bien pour eux ! »

Aude ajoute aussi qu’elle ne peut pas oublier le coup de téléphone qu’elle a reçu d’une assistante sociale de l’aide sociale à l’enfance (ASE). C’était il y a quinze jours-trois semaines. La travailleuse sociale cherchait alors un interprète qui parlait l’afghan ou le persan, parce qu’un enfant arrivait le lendemain par le train. Il fallait pouvoir communiquer avec lui. Aude explique : « Je lui dis que j’allais appeler la responsable des cours de français, elle devait savoir qui pourrait comprendre et faire le lien. » Une fois le contact fait entre les équipes, un coup de téléphone avec l’assistante sociale : « Un jeune pourrait faire le lien ! L’enfant est accueilli au [centre] d’accueil [par une dame marocaine]. Aujourd’hui, l’enfant est à l’école. Nous avons appris que son père l’avait envoyé en France parce que les talibans voulaient l’enrôler de force. »

Michel : « Je vais au Secours Catholique sans aucune crainte »

Michel, bénévole au service de la réception, regrette de quitter l’ancien local et d’être séparé des autres services. Il témoigne : « J’ai commencé ici et je regrette de quitter ce bâtiment où on était tous ensemble. Il y avait le service administratif, Coursécoute. On était vraiment tous ensemble, on se voyait, je ne sais pas si on retrouvera là-bas la même chose. Déjà, nous sommes séparés de tout le service administratif qui se trouve au pôle, et de Coursécoute. »

La plus belle chose qui a marqué Michel « c’est d’avoir connu toutes ces personnes qui sont dans la rue, toutes ces femmes », en ajoutant : « je vais au Secours Catholique sans aucune crainte, les gens qui viennent ne sont pas agressifs bien que certains aient des problèmes psychologiques. »

Sophie : « c’est une douleur de quitter cette maison »

Sophie, bénévole au Secours Catholique depuis seize ans, est chargée de la coordination des activités qui vont avoir lieu dans le nouveau local boulevard d’Alsace-Lorraine. Elle a partagé sa tristesse de quitter l’ancien local avec beaucoup d’émotion et des larmes dans les yeux en disant : « C’est toujours un peu une douleur de quitter cette maison où on a vécu beaucoup de choses tous ensemble », mais en même temps elle est très optimiste pour les jours qui viennent dans les nouveaux locaux : « C’est difficile d’être séparés de l’épicerie sociale, des autres activités, mais en même temps, on est heureux de rentrer dans des locaux en meilleur état qui vont bien nous accueillir ; et puis ce sera une autre vie, là-bas : ça peut être très très bien aussi. »

« Ce que j’ai aimé à Montpensier, ajoute-t-elle, c’est que justement on était tous ensemble au même endroit, y compris les salariés, et c’est très foisonnant de vie et d’activités, et là-bas on essaiera de reproduire la même chose différemment, et puis ce sera une nouvelle façon de fonctionner, parce que ce sera des locaux plus petits, et que ce sont des conditions très différentes. »

Pascal : « Le meilleur souvenir, c’est quand j’ai été accueilli au 115 comme SDF »

Pascal, bénévole au petit déjeuner, aux jouets et à la couture, remet en question la situation des personnes qui sont à l’extérieur, qui vont se retrouver en train de se déplacer toute la journée, de passer leurs journées, été comme hiver, à l’extérieur, en marchant sous la pluie ou le soleil. « Avant, tout était regroupé ici. Maintenant tout est dispatché, donc, que font les gens quand ils sont en extérieur toute la journée ? Ils marchent, ils ont mal aux pieds, mal aux jambes, la vie dans la rue est relativement difficile, je pense qu’on aurait pu leur épargner cela. »

La chose la plus marquante pour Pascal c’est l’hébergement d’urgence. « Le meilleur souvenir que j’ai au Secours Catholique, dit-il, c’est quand j’ai été accueilli au 115 comme SDF. Accueil qui se ne fait plus, c’est dommage, parce que c’était fait par des gens très bien, et très proches du public qu’ils recevaient. »

Nicolas : « On est prêts à se déplacer à n’importe quel autre endroit »

Pour Nicolas, rencontré au petit déjeuner une semaine avant le déménagement, ce déménagement ne le dérange vraiment pas. Il dit : « Nous sommes un petit peu dans la galère pour manger, on est prêts quand même à se déplacer, dans tous les cas, à un autre endroit, n’importe où. » Nicolas a bien aimé l’ancien local de Secours Catholique, il dit : « Ce qui m’a plu ici c’est que c’est situé juste à côté du Phare. Justement, quand on est dans la galère, c’est bien d’avoir Le Phare à côté, parce qu’il y a la douche à 85 centimes, le coiffeur et le dentiste. Il y a une possibilité de prendre le petit déjeuner et de partir juste au Phare. » Mais d’autre part, il ajoute : « Si ça peut aider le Secours Catholique, il faut le faire. »

Thomas : « C’est très difficile de trouver des locaux ici à Pau »

Thomas, délégué du Secours Catholique, partage l’expérience : « Quand on s’est mis à la recherche d’un nouveau local, tous les bénévoles ont été associés et on a trouvé ce local qui correspondait vraiment à ce qu’on voulait faire. Les bénévoles ont été associés pour donner leur avis, ils ont globalement dit que c’était tout à fait ce qui convenait. » Puis il ajoute : « C’est très difficile de trouver des locaux ici à Pau, celui-là, on a eu la chance de le trouver, il correspond bien, alors il faut que les bénévoles puissent l’accueillir, se l’approprier, en fassent un peu leur maison. Ça demande un peu de temps, parce que dans un nouveau lieu il faut que chacun trouve sa place. »

Il poursuit : « À partir de la semaine prochaine, on va commencer à s’installer dans l’immeuble, et tout le monde va commencer à se rendre compte que c’est un bon lieu de vie, pour tout ce qui va se vivre et se faire ensemble dans cette maison. »

« L’ouverture au public se fera dans quelques jours, le temps d’installer toutes les affaires pour pouvoir accueillir chacun dans de très bonnes conditions. Chacun sera accueilli avec une grande joie le 13 février » confirme-t-il.

Thibaut Haure : « En toute objectivité c’est le meilleur contact avec les associations que j’ai eu »

Pour Thibaut Haure, consultant en immobilier d’entreprise, le travail avec le Secours Catholique s’est très bien passé : « En toute objectivité, c’est le meilleur contact que j’ai eu avec les associations à Pau. Toutes les personnes ont été très agréables. L’opération était assez complexe, mais on a pu la mener, et quand on voyait un souci, on le gérait facilement, on discutait, on partageait des mails, et ça se faisait très simplement. »

Il ajoute : « C’est la première fois que je travaille avec le Secours Catholique, et comme je leur disais aujourd’hui, beaucoup d’associations sont en train de changer de locaux. […] Aujourd’hui, les associations effectivement changent de vision et cherchent à se déplacer un petit peu dans la ville de Pau. »

Hassiba
Bénévole communication - Territoire Grand Pau
Secours Catholique Pays de l’Adour

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