30 ans de regard sur la pauvreté
En cette année 2025, le Secours Catholique a publié son 30ème rapport sur la pauvreté en France. Cette production annuelle est permise grâce à toutes les données statistiques collectées au fil de l’année par les délégations, grâce aux remontées des équipes locales.
Le premier rapport pauvreté que le Secours Catholique a produit date de l’année 1995, sur les situations rencontrées et les réalités vécues en 1994.
Les évolutions en 30 ans sont éloquentes : un durcissement de la pauvreté, une pauvreté multidimensionnelle et une augmentation du nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté.
Vous pouvez trouver les chiffres du rapport ici, et les communiqués de presse de la délégation avec les données de chaque territoire, là.
A l’occasion de la sortie de ce rapport, notre délégation a souhaité croiser son regard avec ceux de nos partenaires associatifs et des collectivités, sur les évolutions de la pauvreté depuis 30 ans sur nos territoires basque, béarnais et landais. Ainsi, 3 tables rondes ont été organisées pour vivre l’échange et l’enrichissement de mieux se connaître, et de s’écouter pour mieux agir.
Le jeudi 20 novembre, journée-même de la sortie du rapport statistique, table ronde à Bayonne, dans nos locaux, rue Daniel Argote. Après un petit déjeuner partagé avec les personnes à la rue présentes à l’accueil du matin, les représentants des collectivités ont rejoint les acteurs associatifs. Ont ainsi pu échanger, la directrice générale adjointe des solidarités, le directeur du CCAS ainsi que la responsable de la plateforme sociale de la ville de Bayonne avec le directeur du CCAS de la ville d'Anglet et encore le Directeur du CIAS de la Communauté d'agglomération du Pays Basque, avec des représentants des associations bayonnaises de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex fondation abbé pierre), la Croix Rouge, l’Ordre de Malte, Beztearekin, l’Association Lazare, Atherbea, et le Point Accueil Jour et également une actrice de l’accueil de jour de Bayonne.
=> Une première rencontre entre collectivités et acteurs associatifs, saluée par tous et qui en appelle d’autres.
Le vendredi 21 novembre, c’est à La Porte Ouverte à Pau, que la table ronde a eu lieu avec la directrice du CCAS et le responsable des assistantes sociales de l'agglomération paloise, avec un administrateur du CCAS Pau, ancien président banque alimentaire, et des représentants de Croix Rouge Insertion, du SIAO - 115, de l'Institut du Travail Social, du Point d'Eau (accueil de jour palois), du réseau VRAC, et la présence d’une sociologue ayant fait un travail « Femmes précaires et alimentation : qu’observe-t-on sur le territoire palois ? » ainsi que des bénévoles des activités de Pau.
=> Cette rencontre a été saluée par tous comme un temps de convergences et d’écoute très qualitatives sur la complémentarité des actions et l’enjeu de sensibiliser l’opinion publique à la réalité de la pauvreté pour susciter l’engagement.
Enfin, le lundi 30 décembre à Mont de Marsan, une dernière table ronde a réuni un adjoint à la ville, la directrice adjointe aux affaires sociales du conseil départemental des Landes, le curé de Mont de Marsan, LISA, la Croix Rouge, et le service de dépistage du cancer dans les milieux éloignés des soins, avec la présence de bénévoles du Secours Catholique.
=> Cette rencontre a été un éloge par les pouvoirs publics, de l’action des bénévoles du Secours Catholique dans les Landes, coopérant avec promptitude et efficacité avec les travailleurs sociaux du département. Elle a également ouvert des perspectives de collaboration avec le Conseil départemental, sur la question du textile.
Au sortir de ces rendez vous, une joie habite le cœur de chacun, comme l’impression d’avoir permis la rencontre, l’échange et le travail davantage concerté. Nous reviennent alors les mots de Jean Rodhain dans son article “La table” de la revue Messages de février-mars 1951 et qui a bien des choses à nous enseigner encore aujourd”hui :
“Dans ce gros bourg mi‑commerçant, mi‑industriel, la réunion se tient ce soir dans la salle d'œuvres. Sur la cheminée, un trophée ébréché provenant de la société de gymnastique, lorsqu'elle existait encore. Au mur des photos de drames en trois actes avec des perruques remarquables. Au fond, un bloc verdâtre qui a dû être autrefois un billard. Le tout saupoudré de poussière avec la ferme odeur de quelques chats malades. Bref, le type de la salle d'œuvres infidèle. Je dis infidèle, car cette poussière lamentable cache généralement des secrets de sacrifices et des générosités de deux générations d'admirables paroissiens.
Cette réunion est assez anormale : on a convoqué les responsables des œuvres charitables des trois paroisses à l'occasion du passage d'un délégué du Secours Catholique. La dame de la Ligue, fourmi industrieuse et active, comme partout, voisine avec le militant ouvrier qui piaffe d'impatience pendant l'exposé du délégué.
La dernière rangée est occupée discrètement par les religieuses gardes-malades.
Après un petit silence fait de gêne et de discrétion, chacun est finalement contraint d'exposer son action. On découvre des trésors. « Il y a deux ans, nous avons acheté six fauteuils roulants à la disposition des infirmes de toute la ville.” Stupeur de l'assistance. ‑ Servent‑ils ? ‑ Quelquefois. ‑ Les autres œuvres savaient‑elles qu'elles pouvaient les emprunter ? ‑ Non. » Cinq fois la scène se répète : les œuvres de la ville font connaissance.
Vers dix heures du soir, invité à définir une fois de plus le Secours Catholique, je me contente d'une seule question : “Combien de fois, pour mettre en commun vos possibilités, pour accorder vos calendriers d'activités, pour confronter enfin vos distributions aux mêmes bénéficiaires, combien de fois par an, vous réunissez-vous ainsi autour d'une table ?” ‑ Jamais. C'est la première fois. »
Si le Secours Catholique ne servait qu'à vous fournir cette table, et à provoquer autour d'elle cette réunion de coordination, il serait très fier de ce bilan. (...)
Il y a en France un fourmillement incroyable de bonnes volontés. Il suffit d'expliquer une misère pour provoquer une authentique fermentation de charité. Mais ce n'est pas seulement sur le plan international qu'il manquait une coordination : sur le plan local, c'est, la plupart du temps, une nouveauté dans ce domaine‑là.
Et ce domaine‑là n'est pas une spécialité parmi un mécanisme. C'est un tissu, c'est la tunique sans couture de la charité, c'est la trame où plus que sur celle de Véronique bouge la figure du Seigneur : on ne Le reconnaîtra que si cette trame n'est point déchiquetée. Lentement, pour mieux tisser ce tissu, le Secours Catholique apporte ici et là cette « table » autour de laquelle on prend contact : on se réunit et on coordonne la trame et la chaîne.
Cette « table » est moins visible que les tonnes de colis distribués. Mais elle est plus importante. Aidez‑nous dans ce travail. Merci. Jean RODHAIN”
Jeanne-Marie Boudant, déléguée